Inquipit

"Les chants désespérés sont les chants les plus beaux
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots."
Alfred de Musset, la Muse, dans Nuit de Mai.


Préface recueil de Poésies 2008

La Poésie et l'Amour... deux mots qui peuvent prendre bien des sens. La poésie peut être en vers, en prose, en alexandrins ou en vers libres, de formes variées. L'Amour dans la Poésie peut aussi avoir plusieurs aspects : Amour heureux, Amour passionné, pleinement vécus. Mais encore Amour qui vient de passer, Amour funeste, Amour refusé, interdit ... la liste et longue ! C'est sur ces Amours- là que ce recueil va tourner ... ou plutôt battre douloureusement pour cette Passion déchirante, et qui en font les plus beaux chants pour les autres Amours.
Maupassant est pour moi un auteur passionnant. Car j'ai l'impression, rien qu'en lisant ses textes, de ressentir le plaisir que ressent l'écrivain quand il crée son texte, même si celui-ci semble dominé par une autre émotion. A une dame, en lui envoyant le bout de la corde d'un pendu m'a beaucoup plu, car « l'envie de mourir pour quelqu'un par Amour » est montrée du doigt et on voit qu'une fois que l'on est vraiment tombé amoureux, on comprend cette envie. De La Madone, j'ai peur de n'avoir pas compris entièrement le texte mais j'aime le revirement de conviction qui peut rendre le libertin du début fidèle par amour ; et la chute « oui j'ai cru... Dieu me pardonne ! En bredouillant mes Ave, Que c'était vous la Madone. » cache un quelque chose qui me fait sourire. C'est pour cette raison que cet auteur va me servir en quelque sorte d'incipit.
De Nerval, je retiendrai une Allée du Luxembourg et Une amoureuse flamme du même recueil Odelettes. La première exprime bien la sensation du coup de Foudre : bref et intense, et qui est vite chassé de nos pensées par la raison, ici l'âge. Mais on peut trouver, même si le bonheur a fui, une suite dans le second poème. C'est l'amplification de la petite sensation éprouvée dans le premier ! Les douleurs de cette flamme dans l'être aimant sont celles de cet Amour qui a fui mais dont on espère toujours le retour.
Marguerite de Navarre, s½ur de François 1er, a écrit J'aime une amie entièrement parfaite... dont le titre résume à lui seul mes sentiments pour une de mes amies. Et même si elle a écrit ce poème à cause de la Bienséance au XVIème siècle qui interdisait aux femmes de s'aimer, j'ai été surpris par le poème qui, en quelques mots tout simples, décrit celle que j'aime. Un ami vif vint à la dame morte... était présent sur la même page, sa lecture m'a troublé tout autant que le premier, il est l'exact opposé dans l'amour. Quand j'y pense, je pourrais bien être cet ami qui supplie d'être aimé sans se rendre compte que c'est impossible...
Le lac de Alphonse de Lamartine est l'un texte devenu immortel. Selon un Bordas que ma mère ma ressortie de ses années scolaires, Lamartine écrit ce poème pour une Julie souffrante de la « maladie de langueur » qui va bientôt l'emporter et il se retrouve donc seul, l'année suivante au bord du lac, et je ne peux m'empêcher d'admirer ce texte car ce sentiment de solitude où l'on peste contre le destin nous est connu à nous les Hommes...
Dans la partie « chanson » de ce recueil vous rencontrerez Si c'est un crime que l'aimer... une chanson de Jean de Lingendes qui m'a paru similaire aux poèmes de Marguerite de Navarre.
Le pont Mirabeau d'Apollinaire, extrait du recueil Alcools, et non pas l'interprétation de Marc Lavoine, est un très beau texte que j'ai écoute, récité par le poète lui-même. J'y ressens le sentiment de l'amour passé et de l'abandon après la rupture ... Pour l'auteur c'est une certaine Marie Laurencin dont les caresses lui manquent.
Mignonne, allons voir si la rose de Ronsard, est centré sur le « Carpe diem » littéralement : « cueille le jour » ou plus simplement vit l'instant présent. Et donc qui contraste légèrement avec le reste du Recueil. C'est en quelque sorte une réponse à certains poèmes : il faut profiter de la vie avant que le temps nous prenne toute notre « beauté » et toutes nos espérances.
Enfin, Au corn deu huec est une poésie chantée par le groupe Los de Nadau (groupe fondateur du groupe actuel : Nadau) une histoire très triste sur l'abandon par l'être aimé. Je le place à la fin de ce recueil pour le fait qu'il soit en occitan, langue d'origine de la poésie en France, et langue de mes racines car mes ancêtres parlaient cette langue. Je mets donc ce poème en dernier, non pas qu'il soit sans intérêt, mais parce que je veux qu'il serve de conclusion car finalement le feu va s'éteindre si on continus à se lamenter.

Je vous invite à lire ces « chants désespérés » qu' Alfred de Musset a si bien qualifiés.

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 17:21

A une dame, en lui envoyant le bout de la corde d'un pendu

A une dame, en lui envoyant le bout de la corde d'un pendu
Voici la corde d'un pendu
Que je mets à vos pieds, Madame,
C'est, pour une charmante femme,
Un présent bien inattendu.

Mais si, comme on l'a prétendu,
Cette corde est un sûr dictame
Pour les maux du corps et de l'âme,
Gage d'un bonheur assidu ;

Moi qui, plaignant le pauvre diable
D'avoir été si misérable,
Accusais le ciel malfaisant,

Moi dont le c½ur était si tendre !
Voilà que je trouve à présent
Qu'il a fort bien fait de se pendre !

Guy de Maupassant (1850-1893)
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 17:22

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 17:56

La Madone

La Madone
I

Vous m'avez donné, Madame,
Un étrange chapelet
Qui m'a pris le c½ur et l'âme
Comme un agile filet !

Où sont mes goûts de naguère ?
On me disait libertin !
Aujourd'hui je n'ai plus guère
Que des soifs de sacristain.

Je me prosterne et je prie,
Chaque jour à deux genoux,
La bonne Vierge Marie
Qui, d'en Haut, veille sur nous.


II

Je récite l'Angélus,
Brûlant d'une ardeur nouvelle !...
Mais ne vous étonnez plus...
Mon secret - je le révèle !

Au fond du ciel étoilé
La Vierge m'est apparue
Découvrant son front, voilé
Par un grand manteau de nue !

J'ai cru... N'ai-je point rêvé ?
Oui j'ai cru... Dieu me pardonne !
En bredouillant mes Ave
Que c'était vous la Madone.

Guy de Maupassant (1850-1893)
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 17:24

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 17:57

Une allée du Luxembourg

Une allée du Luxembourg
Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C'est peut-être la seule au monde
Dont le c½ur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !

Mais non, - ma jeunesse est finie ...
Adieu, doux rayon qui m'as lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, - il a fui !


Gérard de NERVAL (1808-1855)
Recueil : Odelettes
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 17:24

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 17:58

Une amoureuse flamme

Une amoureuse flamme
Une amoureuse flamme
Consume mes beaux jours ;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours !

Son départ, son absence
Sont pour moi le cercueil ;
Et loin de sa présence
Tout me paraît en deuil.

Alors, ma pauvre tête
Se dérange bientôt ;
Mon faible esprit s'arrête,
Puis se glace aussitôt.

Une amoureuse flamme
Consume mes beaux jours ;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours !

je suis à ma fenêtre,
Ou dehors, tout le jour,
C'est pour le voir paraître,
Ou hâter son retour.

Sa marche que j'admire,
Son port si gracieux,
Sa bouche au doux sourire,
Le charme de ses yeux ;

La voix enchanteresse
Dont il sait m'embraser,
De sa main la caresse,
Hélas ! et son baiser...

D'une amoureuse flamme
Consumant mes beaux jours ;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours !

Mon coeur bientôt se presse,
Dès qu'il le sent venir ;
Au gré de ma tendresse
Puis-je le retenir ?

Ô caresses de flamme !
Que je voudrais un jour
Voir s'exhaler mon âme
Dans ses baisers d'amour !


Gérard de NERVAL (1808-1855)
Recueil : Odelettes

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 17:25

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 17:59